La Clé : 30 ans de résilience et un avenir à bâtir

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Des dizaines de personnes étaient présentes aux célébrations du 30e anniversaire de l’organisme La Clé, qui avaient lieu le 15 août à la salle Roland-Desroches de Penetanguishene. On y retrouvait des membres de la communauté, des dignitaires, des partenaires, bref, des gens qui ont été touchés de près ou de loin par les différents services offerts par l’organisme depuis 30 ans. À travers les discussions, un point est ressorti : le projet de 1996 est toujours aussi important aujourd’hui pour la vitalité de la communauté francophone de la région de Simcoe. Votre journal s’est intéressé à la place que La Clé s’est taillée auprès de sa communauté depuis 30 ans, en interrogeant plusieurs personnes qui y ont œuvré. 

Hubert Théberge

IJL – Le Goût de vivre

La recette magique pour durer 30 ans

            Comment un regroupement dédié aux services à une population minoritaire a-t-il pu survivre 30 ans alors que les compressions budgétaires des 15 dernières années ont eu raison de dizaines d’organismes partout en Ontario? La réponse est peut-être dans ce qui caractérise cette minorité.

            Si la solidarité est un trait typique des Franco-Ontariens, l’histoire de La Clé l’incarne à merveille. Née de trois entités distinctes, soit le Centre d’activités françaises, la radio de CFRH et l’ACFO-Huronie, La Clé visait, et vise toujours, à offrir le plus de services possible aux francophones à une même adresse, même si l’organisme compte aujourd’hui plusieurs centres de services. L’idée du premier conseil d’administration était également de réduire les dédoublements entre les associations et d’augmenter l’efficacité des trois organismes, entre autres en facilitant le financement par l’entremise de partenaires et de subventions.

            Comme le dit l’expression typiquement francophone : « Ça n’est pas allé tout seul. » Tina-Anne Thibideau est la directrice de La Clé depuis 2021 et, si l’organisme a survécu, c’est en grande partie grâce à la résilience de la communauté qu’elle dessert : « La Clé n’est pas arrivée à 30 ans par hasard. Cette longévité est le résultat du soutien continu de nos nombreux bailleurs de fonds, de l’engagement de nos partenaires, du travail de nos équipes et, bien sûr, de la confiance de notre communauté. Une communauté francophone riche, engagée et qui souhaite participer et contribuer au rayonnement de la francophonie dans le comté de Simcoe. »

Les visages derrière les services

            L’organisme a donc survécu grâce aux familles franco-ontariennes de la région, mais aussi grâce à la détermination des directeurs et des employés qui ont souvent dû se réinventer et offrir des nouveautés avec des moyens limités. C’est l’un des souvenirs que garde Peter Hominuk, qui a été directeur de La Clé de 2000 à 2011. « Pour donner une idée, lorsque je suis arrivé, La Clé avait cinq employés et, 11 ans plus tard, nous étions plus de 60. On a donc réussi, grâce à l’appui des familles du coin, à mettre sur pied de nouveaux services aux francophones, comme le centre d’emploi et le bureau pour desservir Barrie. »

Parmi les personnes qui ont marqué l’organisme, il faut également compter Sylvia Bernard, directrice de 2013 à 2021, qui a, elle aussi, sa petite idée sur le secret expliquant la pérennité de La Clé. « Je pense que la longévité de La Clé repose justement sur la capacité à évoluer avec les besoins de la communauté. Les réalités changent, les générations se succèdent, les besoins aussi, mais le désir de préserver notre langue, notre culture et notre identité demeure. Et quand je repense à tout ce qui a été accompli en 30 ans, je vois surtout une formidable démonstration de résilience. La Clé n’est pas seulement un organisme qui a réussi à durer. C’est un organisme qui a grandi, qui s’est adapté et qui a contribué à bâtir une communauté francophone plus forte dans le comté de Simcoe », partage Sylvia Bernard.

            Derrière la croissance et l’adaptation de La Clé se trouve un travail plus discret, celui des personnes qui ont assuré sa stabilité au fil des années. Parmi elles, un nom revient constamment dans les témoignages recueillis : Michèlle Laurin, directrice des finances. Impliquée dans la défense des droits des Franco-Ontariens depuis son adolescence, Mme Laurin a joué un rôle capital dans toutes les phases d’expansion de l’organisme. Même si elle n’a pas souvent pris la parole lors des grands événements organisés par l’organisme, elle est devenue le visage de La Clé pour plusieurs membres de la communauté.

            C’est donc par et pour les gens que La Clé aurait réussi son pari de 1996 : offrir le plus de services possible afin que les francophones de Simcoe puissent s’épanouir socialement et culturellement. Le statut minoritaire de la communauté a peut-être finalement été une force pour motiver la solidarité des résidents de la région.

Le français à l’épreuve du temps.

            Sachant que les données de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) montrent que, depuis 1991, la proportion de francophones a diminué dans certaines régions de l’Ontario, il est légitime de se demander si La Clé pourra toujours maintenir ses services dans 30 ans. Cette question est d’autant plus pertinente que plusieurs organismes de la région doivent encore composer avec une pénurie de main-d’œuvre et l’imprévisibilité de certaines sources de financement.

            Peter Hominuk, qui est à la fois un ancien directeur de La Clé et l’actuel directeur général de l’AFO, se montre rassurant sur l’avenir de La Clé : « Simcoe a énormément d’histoire, il y a trois ou quatre populations francophones différentes dans la région. Il y a les francophones qui sont là depuis longtemps, les nouveaux arrivants qui déménagent dans le nord, la communauté d’Orillia et il y a aussi énormément de Québécois à la base militaire de Borden. Pour moi, les chances sont bonnes pour que ça se poursuive longtemps. La Clé reste un modèle pour d’autres parce que c’est une communauté qui a réussi à regarder ce dont elle avait besoin, à regarder les structures qui existaient, puis qui a eu le courage de mettre en place une nouvelle structure La Clé de la baie. Simcoe est l’une des régions où j’ai le moins d’inquiétude. J’ai fait le tour de l’Ontario francophone dans mon rôle à l’AFO, et je peux vous dire que la structure de La Clé de la Baie dessert très bien sa population. Moi, je pense même que c’est un modèle pour d’autres régions. »

            Un point de vue différent sur l’avenir de l’organisme nous a été partagé par Carl Monette, ancien directeur des services aux adultes de La Clé et chef d’équipe de la radio de CFRH. « C’est sûr qu’il faut que ça continue 30 ou même 50 années de plus. Ce qu’il va falloir faire, dans Simcoe et partout, c’est se tenir. Les différents groupes de francophones et les organismes doivent se mettre tous ensemble. Souvent, le problème, c’est que tu vas avoir des organismes qui vont essayer de prendre la place d’un autre ou essayer d’en avoir un peu plus, puis de tirer la couverture de leur bord. Si on se met ensemble et qu’on n’a pas peur de monter aux barricades pour démontrer l’importance du français, je suis sûr et certain que le financement va continuer pour les prochaines années à venir et pour longtemps », partage M. Monette, qui œuvre maintenant au sein d’un organisme néo-brunswickois qu’il a aidé à sortir d’une impasse financière.

De la garderie à la retraite 

            Au-delà de sa capacité à survivre comme entité, La Clé a également réussi à s’imposer comme une partie importante de l’identité générale de la région. À Penetanguishene, l’impact des actions de La Clé dépasse son propre public. Selon le conseiller municipal Doug Leroux, même si ses services se concentrent sur la population francophone, La Clé bénéficie à l’ensemble des résidents de la région, et ce, peu importe leur langue. Âgé de plus de 80 ans, M. Leroux a la mémoire longue et se souvient non seulement de La Clé, mais aussi de l’école de la Résistance et de la communauté francophone de Penetanguishene dans les années 1950. « Depuis aussi loin que je me souvienne, la présence de notre communauté francophone a attiré des touristes dans la région. La Clé offre des services à l’enfance, des camps et de la formation qui aident la communauté francophone à s’épanouir et à attirer de nouveaux arrivants. C’est bénéfique pour la ville. Il faut que ça continue. J’étais là du temps du Centre d’activités françaises, j’ai même travaillé sur le bâtiment de La Clé en tant que contracteur dans les années 1980. C’est un édifice plein d’histoire. »

            L’actuelle directrice, Mme Thibideau, est fière des 30 ans d’histoire de La Clé, mais demeure naturellement tournée vers l’avenir : « On veut continuer à accompagner les francophones tout au long de leur vie. De la petite enfance à l’âge adulte, en passant par la jeunesse, l’emploi, la formation, l’établissement des nouveaux arrivants, la culture, la radio communautaire et bien d’autres services. Pour moi, 30 ans ne représentent donc pas seulement un anniversaire. C’est un héritage, mais aussi une responsabilité : celle de continuer à faire évoluer La Clé, à innover et à ne jamais tenir pour acquis ce qui a été accompli. Notre objectif n’est pas simplement de préserver ce qui existe, mais de continuer à chercher de nouvelles façons de répondre aux besoins émergents de notre communauté. »

            Après 30 ans, La Clé demeure un pilier de la communauté francophone de Simcoe, portée par la solidarité, l’engagement et la capacité de ses membres à s’adapter aux nouvelles réalités. Au fil des témoignages recueillis, un ingrédient secret semble toutefois expliquer le succès de La Clé et celui de la communauté francophone de Simcoe : le plaisir de travailler ensemble, de rire et de se serrer les coudes malgré les défis. C’est donc le plaisir de travailler que nous souhaitons encore plus que tout à l’équipe de La Clé.

Le groupe Ariko a présenté un spectacle enlevant pour souligner le 30e anniversaire de la Clé.

Crédit photo: Odette Bussière