Deux initiatives nées à Lafontaine ont valu à Denise Petitpas le Prix du champion de la durabilité environnementale décerné par la Severn Sound Environnemental Association (SSEA), le 21 mai dernier. Cette reconnaissance souligne son travail de réduction des déchets au Festival du Loup ainsi que la création d’un jardin pollinisateur à l’école Sainte-Croix. Cette distinction a été soulignée par le conseil municipal de Tiny et a fait rayonner les membres de la communauté de Lafontaine, qui ont participé activement aux deux projets. Le Goût de vivre a mené sa petite enquête afin de découvrir l’histoire complète derrière cette reconnaissance.
Hubert Théberge
IJL – Le Goût de vivre
L’écologie chez les loups
En matière de musique, d’arts et même de littérature, la renommée de la communauté francophone de la région de Simcoe n’est plus à faire. Il faudra désormais ajouter la responsabilité environnementale aux lettres de noblesse des francophones d’ici grâce, entre autres, à deux initiatives pilotées par Denise Petitpas. Plusieurs mois avant l’édition 2023 du Festival du Loup, Mme Petitpas, alors coordonnatrice de l’événement, rêvait de faire les choses un peu différemment. « Ça fait longtemps que l’environnement est une priorité pour moi et je me disais que, si on planifiait bien plusieurs petites choses, le Festival du Loup n’allait presque pas produire de déchets. »
Dans les semaines précédant le festival, Mme Petitpas et toute l’équipe se sont creusé la tête afin de réduire au minimum l’empreinte écologique du plus grand événement francophone de la région de Simcoe. « On a commencé par nos commandes auprès des fournisseurs. On s’est dit que tout ce qui allait être consommé comme breuvages, alcool et nourriture pendant le festival devait être compostable et servi dans des contenants recyclables ou réutilisables », explique Denise Petitpas.
Voici une liste non exhaustive des actions écoresponsables qui ont valu le Prix du champion de la durabilité environnementale à Mme Petitpas :
• Achat exclusif de canettes en aluminium;
• Utilisation de contenants et d’ustensiles en carton et en bois;
• Refus d’utiliser des plastiques à usage unique;
• Refus d’utiliser des boîtes en plastique;
• Collecte de tous les restes alimentaires en vue de leur compostage;
• Instauration, au bar, d’un système de consigne d’un dollar pour les verres réutilisables à l’effigie du Festival du Loup (plusieurs personnes ont conservé leur verre pendant toute la durée du festival);
• Installation de stations de remplissage pour les bouteilles d’eau.
La SSEA a décerné le prix de la durabilité environnementale à Denise Petitpas, mais l’ancienne coordonnatrice reconnaît avoir bénéficié d’un important soutien : « premièrement, il faut dire que le canton de Tiny nous a soutenus. Ils ont embarqué dans notre projet et sont venus faire la collecte de notre recyclage et de notre compost. J’ai été aidée par toute l’équipe. Je me souviens que Michel Paiement (membre de la Meute culturelle) a toujours partagé notre vision et qu’il avait de nombreuses idées. Je dois aussi mentionner les longues heures que Meg Whitton a passées avec moi à trier le recyclage avec des gants ».
Selon Mme Petitpas, la recette du succès repose avant tout sur la détermination. « On savait que ça allait être plus compliqué et qu’au début, ça risquait de coûter un peu plus cher d’être verts, mais lorsqu’on commence, ça fait boule de neige et c’est vraiment valorisant. On a débuté tranquillement avec l’événement de la levée du drapeau, puis on s’est mis à penser vert pour tous les événements de la Meute culturelle. Ça prend de la planification, mais on avait la volonté de le faire. On a renoncé à la paresse et à l’argent, et le plus beau, c’est que l’effort écologique, ça fait vraiment du bien », confie Denise Petitpas.
Le royaume des monarques
L’effet d’entraînement évoqué par Mme Petitpas a également joué un rôle dans la mise sur pied du second projet pour lequel elle a été récompensée : le jardin pollinisateur pour les monarques de l’école Sainte-Croix.
Cette seconde histoire a débuté en 2024, lorsqu’une mère d’élève a proposé à Mme Petitpas de récupérer ses cinq dernières chrysalides (le stade de développement situé entre la larve et le papillon adulte) de monarques. Il faut savoir que le monarque est officiellement désigné comme espèce en voie de disparition au Canada depuis décembre 2023. Impliquée dans les activités d’initiation aux sciences auprès des élèves de maternelle-jardin, Denise Petitpas, qui enseigne à Sainte-Croix, a immédiatement vu le potentiel pédagogique que représentait ces chrysalides.
Elle a donc entrepris de créer un espace de jardin consacré à la sauvegarde des monarques sur le terrain de l’école. « Les enfants étaient remplis de curiosité et ont pu être témoins du dernier stade du cycle de vie du monarque », témoigne l’enseignante.
Une fois de plus, Mme Petitpas a donné le ton et son entourage a suivi. Un ami de la maternelle a rapporté de chez lui des spécimens d’asclépiades, la seule plante sur laquelle les monarques pondent leurs œufs, et l’école a accepté de consacrer une partie de son terrain à la création d’un jardin pollinisateur.
Les démarches se sont ensuite enchaînées rapidement. En novembre, une équipe de parents bénévoles est venue préparer le terrain. Plusieurs ont prêté des outils et de la machinerie. L’école a également obtenu un financement de 1 500 $ du Fonds mondial pour la nature (WWF-Canada). Ce qui devait au départ être un rectangle de 4 000 pieds carrés consacré à la survie des monarques a rapidement pris de l’ampleur. « Non seulement on a planté encore plus d’asclépiades la deuxième année, mais on a aussi ajouté une vingtaine de variétés de plantes qui soutiennent les pollinisateurs tout au long de l’été. La SSEA nous a d’ailleurs aidé à choisir les espèces à planter », explique l’enseignante.
« On a tous été très fiers de notre jardin. Ce qui me touche le plus, c’est que tous les enfants peuvent maintenant identifier la plante favorable aux monarques, et ce, dès l’âge de cinq ans. J’ai même entendu dire qu’un petit garçon avait demandé à son père de ne pas couper celle qui poussait chez eux. C’est ça, l’écologie, dans le fond », conclut Mme Petitpas.
Un prix qui veut
dire beaucoup
Ce n’est pas pour obtenir des récompenses que Denise Petitpas a investi des centaines d’heures dans des projets environnementaux, mais la lauréate a été sincèrement touchée par cette reconnaissance. « Je l’ai appris par courriel. Emma Maurice m’a demandé si j’étais disponible le 21 mai pour la cérémonie de remise des prix de la SSEA, à la salle Brébeuf de Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons. J’étais très fière. Ça m’a vraiment fait chaud au cœur d’avoir été soulignée. Je félicite les autres gagnants de la Severn Sound, qui ont tous réalisé des initiatives importantes. C’était une belle cérémonie et, même si ça ne dure qu’un moment, le plus beau, c’est qu’ensuite les gens et les médias parlent des projets », partage la lauréate.
Nicole Stott, coordonnatrice de l’administration à la Severn Sound Environmental Association (SSEA), a accepté d’éclairer notre lanterne au sujet du prix et de son organisme. La SSEA remet des prix depuis sa création, en 1997. À l’origine, l’association a été créée afin de surveiller la qualité de l’eau et de protéger la faune, la flore et l’environnement dans les municipalités de Tiny, Tay, Springwater, Oro-Medonte, Severn, Midland et Penetanguishene. Depuis 29 ans, elle a réalisé des centaines d’actions pour protéger la nature, notamment par la plantation d’arbres, le dépavage de terrains asphaltés et le contrôle d’espèces envahissantes.
Bien que son site Web soit offert uniquement en anglais, Mme Stott nous a confirmé que l’organisme comptait des employés francophones et collaborait avec la communauté franco-ontarienne. « La SSEA s’efforce de rendre l’information accessible aux résidents francophones lorsque cela est possible et collabore avec des écoles de langue française, des organismes et des groupes communautaires francophones du bassin versant de la Severn Sound. »
C’est précisément pour faire connaître des projets comme ceux lancés par Denise Petitpas que la SSEA a créé sept prix distincts, qui soulignent notamment les initiatives visant la protection de l’eau potable ainsi que les réalisations environnementales d’étudiants et de membres de la communauté.
En remportant le Prix du champion de la durabilité environnementale, Denise Petitpas s’est jointe à Roy Patenaude, de Penetanguishene, qui avait reçu cette distinction en 2023 pour ses efforts visant à limiter la propagation des phragmites, une plante envahissante, dans la région de Severn Sound. Briana Dean, de Springwater, avait également remporté le prix en 2024 pour son leadership dans les efforts visant à réduire la consommation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre dans son canton.
Bien que l’identité de la personne ayant présenté la candidature ne puisse être révélée, Nicole Stott nous a confirmé qu’une personne avait soumis le nom de Denise Petitpas à l’association pour qu’elle remporte le prix. « Les lauréats sont sélectionnés parmi les candidatures soumises. Celle de Mme Petitpas mettait en valeur son rôle de leader dans le projet d’habitat pour les pollinisateurs de l’École élémentaire catholique Sainte-Croix, ainsi que ses efforts visant à promouvoir la réduction des déchets et le développement durable dans le cadre du Festival du Loup », a confié Mme Stott.
Au final, ce que l’histoire de Denise Petitpas nous enseigne, c’est que les bonnes idées sont contagieuses. Comme le résume l’enseignante : « Le bonheur de travailler positivement dépasse les efforts. C’est comme un engrenage qui se met en place et les gens réalisent qu’on peut le faire; ce n’est pas si difficile. Je ne tombe pas dans le désespoir quand je vois les mauvaises nouvelles dans le monde. Je me demande plutôt ce que je peux faire pour améliorer les choses. » Le village qui, selon la légende, s’est uni pour mettre fin à la terreur d’un loup démontre, une fois de plus, que sa plus grande force réside dans sa capacité à se rassembler lorsque le bien commun est en jeu.
Photo : Denise Petitpas de Lafontaine et Emma Maurice de l’Association environnementale.
Crédit photo: gracieuseté de la Severn Sound Environnemental Association)