Verra-t-on plus d’affichage en français dans les parcs et les sentiers de Tiny? 

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Le français fera son entrée dans les parcs du canton de Tiny dès cet automne. Le 13 mai dernier, le conseil municipal a approuvé une recommandation du Comité consultatif des parcs et des loisirs de Tiny prévoyant que les enseignes des parcs soient traduites en français. Certaines enseignes déjà en place resteront unilingues en anglais, mais seront remplacées par des versions bilingues lorsqu’elles arriveront à la fin de leur vie utile. Le nouveau parc canin de Toanche, inauguré le 18 juin dernier, possède déjà son affiche bilingue. Votre journal a interrogé quelques personnes liées au projet afin de mieux comprendre l’enjeu.

Hubert Théberge 

– IJL – Le Goût de vivre

Au départ, une simple question

            L’histoire débute lors d’une réunion du Comité consultatif des parcs et des loisirs de Tiny (CCPL). Parmi ses rôles, le comité a pour mission de formuler des recommandations afin d’améliorer les nombreux parcs et sentiers du canton et de les présenter aux élus du conseil municipal.

            C’est en réfléchissant à l’amélioration de l’affichage dans les parcs que la présidente du comité, Mme Elise Robitaille, s’est posé une question qui allait avoir un effet domino. « À chaque fois que notre comité recommandait la création d’une nouvelle enseigne, on nous demandait : «Est-ce qu’on pourrait offrir une enseigne bilingue?» Je me suis dit : pourquoi faut-il le demander chaque fois, alors que nous sommes déjà une zone désignée? N’est-on pas obligés d’offrir une signalisation bilingue? », raconte la présidente.

            Mme Robitaille a décidé de prendre les choses en main et de poser sa question directement au ministère des Affaires francophones de l’Ontario. Les responsables lui ont répondu que, bien que Tiny fasse partie de la région désignée du comté de Simcoe en vertu de la Loi sur les services en français, ces services comprennent uniquement ceux qui sont financés par le gouvernement de l’Ontario et non ceux qui relèvent d’une municipalité. « Par contre, une municipalité peut choisir d’adopter des règlements ou d’autres mesures afin d’offrir une partie ou la totalité de ses services en français. Le 22 avril, le comité a donc présenté la proposition au conseil, qui l’a acceptée. Je suis très reconnaissante au conseil d’avoir choisi d’accepter à l’unanimité la proposition, même si l’obligation n’était pas là! », partage Mme Robitaille.

Vers une municipalité plus francophone ?

            La présence de la communauté francophone sur le territoire date d’avant la fondation officielle du canton. Bien que, selon l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), le poids démographique des Franco-Ontariens ait légèrement diminué à l’échelle de la province, au cours de la dernière décennie, les institutions francophones du canton, telles que l’école Sainte-Croix et le Festival du Loup, font preuve de beaucoup de dynamisme.

            La décision du conseil concernant l’affichage bilingue dans les parcs risque donc d’être perçue comme une bonne nouvelle. Mais la municipalité va-t-elle s’arrêter aux parcs?

            Voici l’extrait officiel de la résolution adoptée par les élus de Tiny : « Le conseil envisage de formaliser l’élargissement des services en français actuellement offerts par le Canton en étudiant la mise en œuvre d’une signalisation bilingue (anglais-français) pour tous les nouveaux panneaux des parcs et des sentiers, et qu’il envisage également de remplacer progressivement la signalisation existante par une signalisation bilingue (anglais-français), au fur et à mesure de son renouvellement. » Il faut souligner qu’à ce stade-ci, l’adoption de la résolution ne concerne que les parcs, mais que la traduction d’affiches de d’autres secteurs pourrait être considérée dans les mois à venir.

            Monsieur Tim Leitch, directeur des travaux publics pour le canton de Tiny, est également la personne-ressource de l’administration municipale auprès du Comité consultatif des parcs et des loisirs. Il a été en mesure de nous fournir des précisions sur l’impact de la résolution.

            Comme pour beaucoup de services en français en milieu minoritaire, cette décision comporte un coût financier. Tiny comprend six grands parcs municipaux et de nombreux petits parcs communautaires répartis sur l’ensemble de son territoire. Selon Tim Leitch, cela représente une « estimation de centaines de panneaux répartis à travers les parcs, bien qu’aucun décompte précis n’ait jamais été réalisé ».

            On peut donc imaginer que le remplacement de centaines de panneaux pourrait représenter une facture de plusieurs milliers de dollars pour la municipalité. Toutefois, il faut préciser que les panneaux ne seront pas systématiquement remplacés au cours des prochains mois.

            La recommandation du CCPL propose plutôt que les nouveaux panneaux installés, comme ceux du nouveau parc canin de Toanche, soient bilingues. Les anciens panneaux unilingues anglais seront donc conservés jusqu’à leur fin de vie, moment où ils pourraient être remplacés par une version bilingue.

            Pour revenir au coût de l’opération, M. Leitch nous a informés que le montant financier pourrait être très variable : « Le coût de la signalisation sera évalué au cas par cas, au moment du remplacement ou de l’installation de nouveaux panneaux. Il dépendra notamment de leur taille et de la quantité de panneaux à produire. »

Traduction mécanique?

            Depuis quelques années, les critiques envers les traductions informatiques produites par l’intelligence artificielle sont récurrentes. Souvent utilisées pour leur rapidité et leur coût minime, ces traductions comportent encore aujourd’hui de nombreuses erreurs de contexte.

            C’est l’une des raisons pour lesquelles la municipalité de Tiny fait appel aux services de Nadine Lalonde, traductrice professionnelle. Mme Lalonde a d’ailleurs travaillé sur la traduction des plus de mille mots répartis sur les 16 affiches du nouveau parc canin de Toanche.

            Mme Lalonde a été contactée par Tim Leitch pour la préparation des nouveaux panneaux du parc de Toanche. « Ce n’était pas la première fois que je travaillais pour Tiny. J’ai déjà traduit des informations pour les plages et des consignes de sécurité nautique. Tiny est un client régulier, surtout pour les programmes de loisirs », explique la traductrice.

            Pour Nadine Lalonde, le principal défi d’une bonne traduction consiste à comprendre l’esprit du texte afin de l’interpréter de manière efficace et précise. « L’objectif est la concision, pour l’espace et le contexte. Parfois, ce n’est pas évident. Je me souviens d’une fois où l’affiche parlait d’un «water park»… On pourrait s’imaginer un parc d’amusement avec des glissades, mais ce n’était justement pas le cas. Il faut toujours poser des questions en cas de doute », raconte-t-elle.

            Si elle se dit heureuse, en tant que Franco-Ontarienne, de voir la municipalité de Tiny démontrer de la considération envers la communauté francophone, Nadine Lalonde croit qu’il reste du travail à faire dans l’ensemble de la région. « Je crois qu’on devrait plus souvent consulter les francophones pour les décisions municipales, notamment au sujet de la conservation des maisons patrimoniales. À Penetanguishene, c’est bien qu’ils offrent maintenant leur site web en français, mais il s’agit d’une traduction automatique. J’ai également été déçue de voir qu’au Salon des aînés, la ville de Penetanguishene n’avait aucun document à distribuer en français. Pourtant, la population franco est largement composée d’aînés. En même temps, à ma surprise, Midland a fait traduire son matériel de mise en marché pour la Fête du Canada », partage Mme Lalonde.

Le mot de la fin

            Les familles francophones de Tiny constituent une composante importante de l’identité culturelle du canton, et certaines d’entre elles sont connues à travers la province. À l’heure où des milliers de visiteurs provenant de partout au Canada fréquentent les parcs de Tiny, l’affichage bilingue représente une reconnaissance appréciable de cette présence francophone. 

            Le mot de la fin revient à Mme Élise Robitaille, qui a eu la détermination de remettre en question l’affichage dans le canton : « On commence uniquement par les enseignes des parcs, mais c’est un bon début. Je crois qu’on pourrait recevoir plus de services en français, mais il faut en tout premier lieu demander pour manifester notre volonté. »