La maison Labatte, pas condamnée, mais toujours sous respirateur

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Micheline Marchand

            Le 2 février dernier, le conseil municipal de Tiny a rejeté la requête de son Comité consultatif du patrimoine d’autoriser le retrait de la maison Labatte de la baie du Tonnerre du registre des édifices patrimoniaux et sa démolition. Dans sa recommandation adoptée à l’unanimité, le conseil renvoie la balle au Comité en lui demandant de lui fournir une recommandation qui reflète la véritable intention des propriétaires de la maison historique qui remonte à 1834.

            Le conseil municipal demande également à son personnel de revoir avec le Comité le processus pour l’inscription et le retrait du registre patrimonial et de préparer un rapport à ce sujet.

            En plus de la députation de la propriétaire et d’un de ses fils et de trois personnes qui représentaient la communauté métisse, le conseil municipal de Tiny a reçu un grand nombre de lettres et de soumissions qui n’ont pas été lues ou présentées lors de la réunion.

            Lors de la réunion du conseil municipal, le conseiller John Bryant qui a participé à la réunion du Comité où le sort de la maison Labatte devait être décidé, a affirmé : «S’il s’agit d’un artefact d’une telle valeur historique que nous voulons préserver, comment est-il historiquement devenu une propriété inscrite et non une propriété désignée? […] Cela a déjà été mentionné, nous ne voulons pas manquer le bateau en ce qui a trait à certaines de ces belles propriétés patrimoniales. […] Je trouve étrange qu’un bâtiment aussi important soit inscrit et qu’il ne soit pas désigné.» (traduction libre)

La question se pose en effet et mérite une réponse.

            À sa prochaine réunion, prévue le 22 février prochain, que fera le Comité consultatif du patrimoine?

            Quelles sont les véritables intentions des propriétaires Anne Hardcastle-Roebuck et ses fils Michael et Alan Roebuck?  Celles-ci, même après leur présentation au conseil municipal, demeurent ambiguës. Les propriétaires affirment qu’ils ne démoliraient jamais la maison.  Mais, en même temps, ils ne veulent pas que l’inscription au registre du patrimoine les empêche de faire des réparations ou modifications pour mieux jouir du lieu. Ils semblent prôner que la maison soit déménagée pour être conservée ailleurs, ce qui leur laisserait la voie libre pour vendre ou construire une résidence.

            Cette option de déménager la maison suscite d’énormes questions. Où la déménager?  Est-ce que c’est même faisable? Qui payerait pour une telle opération qui serait sans doute coûteuse? Qui s’occuperait de la maison par la suite pour assurer son entretien dans les années, voire les décennies à venir?

            Et, plus inquiétant encore, si l’option du déménagement s’avérait impossible, que feront alors les propriétaires de la maison qui, de toute évidence, n’en veulent plus? Puisque la propriété n’est pas désignée, ils pourraient alors décider de la démolition en toute légalité, en maintenant qu’ils ont fourni leur part d’effort pour la conserver.   

            Garder la maison presque bicentenaire là où elle a toujours été demeure sans doute la meilleure solution pour la préservation de ce bien patrimonial. Il faudrait trouver la volonté et les moyens pour y arriver. 

            Répondre à toutes ces questions nécessite du temps et les réponses ne peuvent pas être décidées dans une ou deux réunions du Comité consultatif du patrimoine.

            Une simple inscription d’une propriété au registre du patrimoine ne la protège pas.  Une désignation comme bien patrimonial, davantage. Si le Comité et le conseil municipal croient à l’importance de notre patrimoine, ils ne devraient pas tarder à désigner la maison Labatte. Elle répond aux critères d’une telle désignation. Ainsi, la maison serait protégée le temps que les discussions avec les propriétaires et les parties intéressées puissent suivre leurs cours.   

            Ce nouveau fiasco patrimonial, tout comme celui de la maison Brunelle qui l’a précédé montre que le Comité consultatif du patrimoine de Tiny n’a peut-être pas les compétences nécessaires pour bien évaluer si les propriétés historiques devraient être désignées comme biens patrimoniaux. Ainsi, il devrait aller chercher des avis auprès des experts dans le domaine, notamment la Fiducie du patrimoine de l’Ontario, pour l’aider à arriver à des décisions éclairées.  

Le conseil municipal de Tiny n’a pas autorisé la désinscription de la maison historique Labatte du registre de biens patrimoniaux et renvoie la balle à son Comité consultatif du patrimoine. Tant que  la maison ne sera pas désignée bien patrimonial, elle ne sera pas protégée contre la démolition. Son avenir demeure précaire.