L’école de Laurin : une communauté scolaire bien aimée (1944-1960)

Partagez cet article avec vos amis!

Les sœurs de Sainte-Croix : des décennies de dévouement à l’éducation en Huronie

Partie III

Micheline Marchand

            L’an 2025 marquait le 140e anniversaire de l’arrivée des sœurs de Sainte-Croix dans la Huronie. À partir de 1885, elles ont été nombreuses à œuvrer dans les écoles françaises de la région. Leur présence aura marqué plusieurs générations d’écoliers et leurs familles.

            Cette série de 4 articles met en relief des faits saisissants et des extraits tirés du livre « Les sœurs de Sainte-Croix dans la montée avec les Franco-Ontariens », paru en 1989. Tous les passages entre guillemets sont des citations de ce texte. Cet ouvrage, écrit par sœur Hélène Bériault, relate le passage des religieuses dans de nombreuses régions de l’Ontario français, incluant la nôtre. À vous donc de revoir certains épisodes connus de ce chapitre de notre histoire et d’en découvrir d’autres, méconnus.

**********

            Depuis 1884, l’école n°19 Tiny, aussi appelée l’école de Laurin, est située dans la 18e concession et fait partie du système d’éducation de la région de Lafontaine. En 1944, on confie l’école aux sœurs de Sainte-Croix. Le 5 septembre de cette année, l’école de Laurin accueille 37 élèves. Les jeunes des quatre premières années s’installent dans le “petit bord” et ceux des 5e à 8e années dans le “grand bord”. 

Tous les moyens de transport sont bons pour se rendre au travail

            Les religieuses habitent au couvent de Lafontaine. Chaque jour, Lawrence Desroches et plus tard Hormidas Laurin les conduisent en automobile au travail. Mais l’hiver, la route est plus difficile. « Pour affronter les tempêtes et contourner les immenses bancs de neige, on abandonne le transport en automobile et l’on opte pour le “cutter” [traîneau tiré par un cheval]. Au printemps, les “ventres-de-bœuf” [gros trous formés dans les chemins au printemps] et la boue sont quelques fois des obstacles insurmontables et il faut recourir à un tracteur pour s’en sortir. Et dans les cas extrêmes, les voyageuses parcourent certaines distances en s’agrippant au haut de la clôture, les deux pieds campés dans le grillage. Au retour de l’école le vendredi, M. “Midas” profite du voyage au village, pour y faire moudre son grain; les deux religieuses se résignent à revenir ce jour-là, assises sur les sacs de grain. »

Un feu qui réchauffe

            Pour se garder au chaud, un immense poêle occupe le centre de la classe. Quand les religieuses arrivent à l’école, quelqu’un a déjà allumé le feu. « Au début de la journée, les élèves s’en approchent pour mieux réchauffer leurs membres endoloris par le froid, mais à mesure que la journée avance, sa chaleur bienfaisante les éloigne car elle remplit toute la classe. Vers le milieu de l’hiver, la suie accumulée dans le tuyau prend en feu. En un instant, les élèves évacuent la classe tandis que les garçons entourent le haut du tuyau de neige pour préserver le plafond de la flamme. Une fois le brouhaha terminé, les élèves ont droit à un congé. Par les jours froids de l’hiver, il fait bon déguster une bonne soupe chaude à l’heure du dîner, que l’on a furtivement glissé sous le poêle, le matin. »

Un coup de cœur pour cette petite communauté scolaire 

            Les sœurs de Sainte-Croix qui enseignent à l’école de Laurin aiment travailler auprès des élèves du coin. Hélène Bériault écrit : « Cette petite école de campagne située dans les environs de la Baie Georgienne est une véritable oasis de paix et de joie pour les éducatrices qui s’y dévouent et pour cause. Les élèves n’ont pas encore été envahis par la radio et la télévision et les études demeurent leur premier souci. Ils possèdent un certain bagage intellectuel et culturel et la lecture est leur passe-temps favori. Tous les livres d’une bibliothèque plutôt restreinte passent et repassent entre les mains de ces avides lecteurs. Il faut voir, aussi, avec quelle diligence ils se livrent au travail. Dès neuf heures, les classes bourdonnent d’activités. Les leçons de lecture, d’orthographe, de “Spelling” et de mathématiques se présentent à l’institutrice qui pour rejoindre tout son monde jumelle les classes et compte sur les plus grands pour s’occuper des plus jeunes. Les écoles rurales aux multiples divisions savaient travailler en équipes. Bien des occasions de mesurer leur savoir leur sont données aux examens d’entrée et aux concours de français. Plusieurs candidats, garçons et filles, sont sortis vainqueurs aux épreuves locales, régionales et même provinciales du concours de français. »

            Les religieuses apprécient aussi la collaboration des parents qui portent un grand intérêt aux progrès de leurs enfants. Sœur Bériault note : « ils savent manifester leur appréciation. Que de fois, ces braves gens, en route pour le village, arrêtent à l’école pour y déposer un pain odorant à peine sorti du four ou pour toutes autres gâteries. »

La fête des arbres

            Les religieuses profitent de la généreuse nature environnante pour enseigner les sciences naturelles. Elles constatent que les gens de leur communauté célèbrent les arbres. « Dans le passé, les ancêtres de Laurin observaient la fête des arbres qui comprenait la plantation d’arbres et le nettoyage de la cour. De magnifiques érables sont nés de cette coutume et ornent depuis, le terrain de l’école. Ils sont entaillés au printemps et pendant toute la saison des sucres, l’eau d’érable mijote sur le poêle de la classe. Le sirop est embouteillé et conservé pour la partie de tire sur la neige. À l’automne, les érables revêtus de leur somptueux feuillage inspirent les artistes en herbe au moment de la classe de dessin. »

            Pendant seize ans les sœurs de Sainte-Croix enseigneront de 40 à 58 élèves à Laurin, selon les années. En 1960, lors de la centralisation des écoles de la région, l’école de Laurin ferme ses portes après 76 ans d’existence. Les élèves seront alors accueillis à l’école Sainte-Croix de Lafontaine. 

Dans la prochaine édition du Goût de vivre : Partie IV — Penetanguishene : l’immense défi de l’enseignement bilingue dans un milieu anglicisé

Les écoliers de l’école de Laurin lors de l’année scolaire 1943-1944. De gauche à droite à partir de la rangée du haut : Solange Marchildon, Ursule Marion, Gertrude Génier, Paul Laurin, Doriste Desroches, Gibert Marion, Montcalm Desroches, Yvonne Laurin, Prima Laurin, Prima Génier, Gérard Génier, Martin Marchildon, Armand Robitaille, Paula Marchildon, Fleurette Desroches, Olive Robitaille, Alban Marion, Rémi Laurin, Cécile Marion, Lucille Génier, Placide Laurin, Augustin Desroches, Guy Laurin, Armande Laurin, Anita Laurin, Martin Génier, Jean Robitaille.

Crédit photo : Méranda (Quesnelle) Marchildon, enseignante à l’école de Laurin en 1943-1944.