Les sœurs de Sainte-Croix : des décennies de dévouement à l’éducation en Huronie

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Les hauts et les bas d’un quart de siècle d’enseignement à Perkinsfield (1939-1964)

Partie 2

Micheline Marchand

            L’an 2025 marquait le 140e anniversaire de l’arrivée des sœurs de Sainte-Croix dans la Huronie. À partir de 1885, elles ont été nombreuses à œuvrer dans les écoles françaises de la région. Leur présence aura marqué plusieurs générations d’écoliers et leurs familles.

            Cette série de 4 articles met en relief des faits saisissants et des extraits tirés du livre « Les sœurs de Sainte-Croix dans la montée avec les Franco-Ontariens », paru en 1989. Tous les passages entre guillemets sont des citations de ce texte. Cet ouvrage, écrit par sœur Hélène Bériault, relate le passage des religieuses dans de nombreuses régions de l’Ontario français, incluant la nôtre. À vous donc de revoir certains épisodes connus de ce chapitre de notre histoire et d’en découvrir d’autres, méconnus.

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            Comment les sœurs de Sainte-Croix sont-elles venues à s’occuper de l’école de Perkinsfield ? Dans son ouvrage, sœur Bériault explique que dans les années 1930, l’école cherchait du personnel enseignant qualifié. L’inspecteur H. Payette, satisfait du travail des religieuses à Lafontaine et à Penetanguishene, avait alors recommandé de faire appel à leurs services. 

            Le 26 août 1939, sœur Ange-Gabriel (Antonia Marchand) et sœur Saint-Bernard-de-Lourdes (Cécile Rochon) débarquent à la gare de train de Midland. Elles passent la nuit à Lafontaine avant de déménager à Perkinsfield dans une résidence meublée offerte par un paroissien. À l’époque, le village compte 75 familles (550 personnes) canadiennes-françaises. Dès la rentrée des classes, le 2 septembre 1939, les enseignantes offrent 10 cours à 110 élèves. 

            La commission scolaire achètera la propriété d’Octave Pilon pour loger les sœurs près de l’école. Le 6 octobre 1939, les deux enseignantes déménageront dans la maison rénovée dotée de l’eau courante et de l’électricité. 

Des feux dévastateurs

            En 1948, un feu vient perturber la vie scolaire. Hélène Bériault décrit le drame : « À Perkinsfield, par une froide nuit de janvier, 1948, la cloche de l’église éveille tout le village; l’école est en feu. La brigade de Midland qui a mis une demi-heure à se rendre épuise vite sa réserve d’eau. L’annexe construite en 1936, résiste aux flammes pendant que l’école de 1913, à deux étages est réduite en cendres. Sans tarder, on réorganise courageusement les classes et on s’empresse de reprendre l’enseignement. Les classes inférieures sont logées à l’annexe tandis que les cours supérieurs, divisés en deux groupes, s’entassent dans la chapelle de l’église paroissiale. […] Un an après, le 30 janvier 1949, institutrices et élèves entrent dans la nouvelle école, heureux d’habiter les classes non-terminées. »

            Quatre ans plus tard, le danger du feu se manifeste à nouveau. Cette fois les flammes s’approchent du couvent. « Un autre incendie par un froid sibérien de janvier 1953 intensifié par un vent violent menace le couvent. L’alerte est suivie de quelques minutes d’angoisse, car le feu est chez le voisin. La famille éprouvée s’empresse de conduire leur mère malade au couvent, mais son état s’étant aggravé, le médecin est mandé en toute hâte. À l’extérieur, le feu rage, et malgré la bonne volonté de la brigade de Midland, l’élément destructeur fait ses ravages. Une fois le danger conjuré, les pompiers bénévoles assurent les religieuses qu’elles sont hors de danger, mais ils continuent de veiller sur le couvent. On venait de l’échapper belle. »

Des tempêtes hivernales mémorables

            Les religieuses se souviennent bien des intempéries hivernales, comme le raconte Hélène Bériault : « Perkinsfield est située dans la région du “Snow Belt”. Les bordées de neige sont fréquentes et abondantes. Lorsque le vent se met de la partie, les tempêtes déferlent sur le village avec une telle vélocité qu’en peu de temps d’immenses bancs de neige obstruent les chemins forçant les villageois à rechercher le confort de leurs demeures. Il est même arrivé aux religieuses de ne pouvoir se rendre à l’école, située de l’autre côté de la rue ou à l’église pour la messe quotidienne. En 1939, le premier hiver des sœurs à Perkinsfield, une de ces tempêtes du lieu s’est abattue sur le village et a duré huit jours consécutifs.  

            Les rigueurs de l’hiver n’affolent pas les paroissiens de Perkinsfield, mais ils se souviennent encore de la nuit du 15 octobre 1954. Un violent ouragan [Hazel] balaie le petit village et cause mille décombres. La rafale déracine des arbres géants, effondre ou rase les habitations, transporte les chalets tandis que les flots destructeurs démolissent les digues, emportent les ponts, inondent les routes interceptées par de profondes crevasses. La violente bourrasque rompt toute communication même électrique ou téléphonique. La consternation règne dans ce paisible village. Ce jour fatal est un dimanche et leur curé, M. l’abbé A. Desaulniers est retenu à Toronto. Voyant le désarroi de ces braves gens, M. le curé T. Marchildon de Lafontaine vient à leur secours et célèbre la messe de 11 h 00. »

Un court mandat 

            Les sœurs de Sainte-Croix se souviennent de l’intégration des élèves de l’école de Lefaive’s Corner dans celle de Perkinsfield. Elles ont noté qu’en 1961, 203 élèves sont inscrits de la maternelle à la 8e année. Malgré les agrandissements successifs de l’école de Perkinsfield au fil des ans, de 1967 à 1980, les élèves devront se déplacer à l’école Sainte-Croix de Lafontaine pour terminer leurs études primaires.

            Le couvent des sœurs de Sainte-Croix à Perkinsfield ferme en juin 1964. Les religieuses déménagent au couvent récemment construit à Penetanguishene. Certaines d’entre elles continueront d’enseigner à Perkinsfield jusqu’en 1975.

            Dans la prochaine édition du Goût de vivre : Partie III – L’école de Laurin : une communauté scolaire bien aimée (1944-1960)

Antonia et sa sœur Éva Marchand, toutes deux des sœurs de Sainte-Croix ont travaillé à l’école Saints-Martyrs-Canadiens de Perkinskfield.

Crédit photo: Collection de Jean-Baptiste et Réjeanne (Marchildon) Marchand