Annique Maheu
La francophonie ontarienne a vécu deux moments d’une intensité rare les 20 et 21 mars dernier, alors que se tenaient la Soirée Gala de la Nuit sur l’étang et la 53e édition de la Nuit sur l’étang, toutes deux au Collège Boréal à Sudbury. Ces événements phares, qui célèbrent depuis plus d’un demi-siècle la culture musicale franco-ontarienne, ont cette année mis en lumière un phénomène bien connu mais toujours fascinant : l’extraordinaire vitalité artistique de la Huronie.
Une célébration de la francophonie ontarienne
La Soirée Gala du vendredi, présentée à la Salle le Pied du Rocher, a offert un moment intime, chaleureux et profondément rassembleur. Artistes établis, figures marquantes de la scène franco-ontarienne et nouveaux talents s’y sont retrouvés pour partager souvenirs, anecdotes, chansons et émotions. Une vidéo hommage aux artistes de la Huronie, remplie d’anecdotes et parsemés d’archives touchantes retraçant leur parcours, a ému la foule et rappelé l’importance de cette région dans le développement de la musique francophone en Ontario.
Lorsqu’on demande à Michel Payment pourquoi tant d’artistes proviennent de la Huronie, il répond en riant :« Il doit y avoir quelque chose dans l’eau de la Baie Georgienne! »
Plus sérieusement, il ajoute croire, comme plusieurs artistes présents, que l’eau claire et vaste de la baie porte en elle quelque chose d’apaisant et d’inspirant.
Cette idée trouve écho dans le témoignage de François Lamoureux, qui raconte : « Lorsqu’on est déménagés dans la région, on était vraiment surpris du fait que quasiment tous nos amis savaient jouer de la guitare ou un autre instrument! Puis on dirait qu’il y avait des Cafés chantants à toutes les fins de semaine! » Une preuve éloquente de la présence profonde de la musique dans les familles et la communauté.
Les Aigles de Lafontaine : la relève qui impressionne
Parmi les moments les plus marquants de la Soirée Gala, la prestation des Aigles de Lafontaine, un groupe de jeunes musiciens âgés de 10 à 14 ans, a bien su épater la foule. Après avoir participé aux ateliers et à la Soirée La Brunante le mois précédent, les Aigles revenaient à Sudbury pour une deuxième performance, cette fois devant un public composé de Sudburois et d’ailleurs, incluant des gens venus expressément de Lafontaine pour les encourager.
Leur registre de compositions originales, leurs textes reflétant la réalité des jeunes francophones d’aujourd’hui et leur talent musical exceptionnel ont suscité admiration et fierté.
Pour Charl Van Rooyen, l’expérience fut marquante : « C’était incroyable d’avoir la chance de jouer devant tous ces gens renommés de notre région! »
Margot Ecker ajoute : « J’étais vraiment excitée mais aussi très nerveuse parce qu’on présentait devant tous les grands artistes franco-ontariens. J’étais vraiment fière du groupe puisqu’on avait travaillé très fort et très bien réussi. »
Les jeunes spectateurs ont été touchés, comme Juhan Van Rooyen, qui confie : « J’ai adoré le Gala parce que j’ai adoré écouter les Aigles en concert. J’étais tellement fier de mon frère Charl! »
Pour Michel Payment, la présence de gens venus de Lafontaine pour appuyer les artistes fut particulièrement émouvante. Il y voyait un moment de nostalgie, mais aussi un signe d’espoir pour l’avenir de la musique franco-ontarienne.
La 53e Nuit sur l’étang : une fête intergénérationnelle
Le lendemain, la Salle Trisac vibrait au rythme de la 53e Nuit sur l’étang, animée avec humour et complicité par Jean-Marc Lalonde et Kevin Daoust, dont les interventions pleines d’anecdotes ont fait rire la foule du début jusqu’à la fin.
Des artistes de Lafontaine à l’honneur
La soirée s’est ouverte avec l’hymne rassembleur du groupe légendaire franco-ontarien CANO, Viens nous voir, interprété par Joëlle Roy, avant qu’elle présente diverses chansons dont des nouvelles chansons qui paraîtront dans un prochain album. Elle a ensuite présenté sa nouvelle boîte à percussion fabriquée par André Forget, un instrument qu’elle a qualifié de « Dead On! », clin d’œil à l’expression bien connue de la famille Forget.
Le célèbre Jean-Guy “Chuck” Labelle, membre honorifique des artistes de Lafontaine, a ensuite enchanté la foule avec ses classiques, du Cowboy à sa toute nouvelle chanson Un iPhone c’est l’fun. Un parallèle amusant s’est créé avec la chanson Technologie des Aigles, présentée la veille au Gala.
Puis, Michel Payment, accompagné d’artistes de la Huronie, a offert une interprétation vibrante de Wendake, chanson historique et émotive pour les Franco-Ontariens de la Huronie. Il a aussi interprété des œuvres d’artistes populaires, dont Dan Bigras, ainsi que quelques compositions originales dont C’est quoi l’amour?
Brasse Camarade : un retour électrisant
Moment phare de la soirée : le retour sur scène de Brasse Camarade, tout aussi explosif qu’à leur première apparition à la Nuit en 1991. La foule, autant les fidèles de longue date que la jeune génération, vibraient au son de leurs classiques : Aline, Sans elle – sans ailes, Shed, Brise légère, et bien d’autres.
La fête s’est poursuivie au Pied du Rocher, où Hey WOW!, mené par Jean-Marc Lalonde, a transformé la fin de soirée en véritable « folie collective d’un peuple en party ».
Un impact profond sur la jeunesse et la relève
Au-delà des performances, ces deux soirées ont eu un impact immense sur les jeunes artistes présents.
Margot Ecker raconte que son expérience comme spectatrice à la Nuit l’a inspirée à écouter tout le répertoire des artistes de la 53e édition sur le trajet du retour vers la Huronie.
Pour Charl Van Rooyen, l’inspiration fut forte :
« Brasse Camarade était INCROYABLE à voir en concert. Ils m’ont encore plus inspiré d’écrire des tounes rock comme ils ont présentées. François Lamoureux est époustouflant à la guitare! J’aimerais être autant confiant et habile avec ma guitare. »
Regard vers l’avenir
La relève franco-ontarienne repart de Sudbury avec une fierté renouvelée et une motivation palpable.
Anouk Lagarde partage son souhait : « Je souhaite que la Nuit sur l’étang continue, que la qualité d’artistes persiste et que plus d’artistes franco-ontariens y participent parce que c’est vraiment important que la francophonie ontarienne continue de s’épanouir. »
Ou encore les mots de Léo Lagarde : « Je souhaite que tous les jeunes puissent aller à la Nuit pour prendre leur envol. Lorsque je suis allé à la Nuit, ça a beaucoup bâti ma confiance. Je souhaite que la Nuit continue pour bien plus que les prochains 15 ans! »
Et pour Charl Van Rooyen, cette édition restera gravée dans sa mémoire : « Cette Nuit sur l’étang a augmenté ma fierté d’être francophone et mon appartenance dans la communauté musicale francophone. »
Selon Olivier Hilts-Lespérance: « J’ai beaucoup apprécié le spctacle de La Nuit. J’étais tellement excité et inspiré de pouvoir écouter et voir ces grands artistes en personne. Le fait qu’ils venaient presque tous de ma communauté était encore plus cool! Ça m’a motivé encore plus à continuer d’écrire de la musique en français.»
De grands amateurs de la musique franco-ontarienne se sont rendus de la Huronie à Sudbury pour appuyer les artistes de chez nous.
Crédit photo : Gino St-Jean