Le 1er février dernier, un groupe de cinq jeunes de Lafontaine a suscité les clameurs du public au Centre culturel de Midland lors de l’événement « Future Stars in February ». Parmi les nombreuses personnes qui applaudissaient ce groupe, nommé Les Aigles de Lafontaine, Mme Denise Petitpas, enseignante était émue par l’immense progrès réalisé par les cinq jeunes de 10 à 14 ans qu’elle a accompagnés depuis le début.
Hubert Théberge
– Le Goût de vivre
L’eau de Lafontaine
Il a souvent été évoqué que le village de Lafontaine était une pépinière de talents musicaux. Depuis des décennies, la communauté a vu plusieurs de ses résidents se construire des carrières musicales dépassant largement la région de la Huronie et dans certains cas, les frontières ontariennes. Si l’on pense aux Damien Robitaille, Ariko, Joëlle Roy, Basile Lafrenière, Jean-Marc Lalonde, Michel Payment pour ne nommer que ceux-là, on peut légitimement se demander s’il y a quelque chose de magique dans l’eau de Lafontaine expliquant la pléthore de musiciens talentueux qu’on y retrouve. Une chose est certaine, avec la réaction unanime du public lors de « Future Stars in February » on peut se douter que les artistes établis de Lafontaine auront bientôt de la compagnie, car les Aigles ont pris dangereusement du gallon.
L’aventure des Aigles de Lafontaine a débuté il y a un peu plus de 2 ans. À l’époque, ni Denise Petitpas, enseignante de l’École élémentaire catholique Sainte-Croix ni les futurs membres du groupe ne pouvaient deviner que de rester après l’école par une froide soirée d’automne allaient les amener à former l’un des groupes les plus en vue de la relève franco-ontarienne. « Moi je voulais simplement offrir des cours de musique parascolaires aux élèves après les classes. De fil en aiguille on s’est fait donner un ensemble de batterie, le musicien professionnel Louis Lefaive est venu nous donner un coup de main et soudainement on s’est retrouvé avec un groupe et surtout des jeunes totalement passionnés de musique ». Le nom du groupe a été choisi par les jeunes eux-mêmes en référence à la mascotte de l’école Sainte-Croix.
Tout s’est mis rapidement en place pour les cinq étudiants. La « magie » de la communauté artistique de Lafontaine a pris le relais et en quelques mois, les Aigles ont pu enregistrer leurs chansons au studio professionnel MPHM de Neil Lefaive et ont été invités à jouer devant toute leur communauté à la fête du « Lever du drapeau franco-ontarien » de Lafontaine. Ces débuts rappellent étrangement ceux d’un certain Damien Robitaille qui avait également enregistré son premier disque dans le studio de M. Lefaive avant de devenir l’un des artistes les plus connus au pays et à l’étranger grâce aux réseaux sociaux.
Mme Petitpas est fière de l’envol des Aigles : « ils font maintenant des concerts allant jusqu’à une heure, de leurs chansons originales, ainsi que des reprises modernes et traditionnelles. Leur version du « Chant de l’alouette » a fait fureur à Midland le 1er février dernier. Ils ne cessent d’épater tous les publics rencontrés avec leur talent et leur charme… et tout ceci en français s’il vous plaît! ils ont également été tête d’affiche l’été dernier dans le cadre de la série de spectacles «By the Baie» à Penetanguishene ».
Tous nés après 2013
Ce qui surprend avec Les Aigles c’est qu’ils composent eux-mêmes leurs chansons à un âge où certains viennent tout juste d’apprendre à écrire. Voici une courte description des cinq membres du groupe dont le nom est passé de « Les Aigles de Sainte-Croix » à « Les Aigles de Lafontaine » lorsque deux de leurs membres ont complété leurs études élémentaires.
À 10 ans, Anouk Lagarde, chanteuse et batteuse est la cadette des Aigles. Elle est l’auteur-compositrice de « Pas moi », l’une des pièces phares du groupe qu’elle a écrite à 9 ans. La chanson cumule déjà des centaines de visionnements sur les plateformes web. Son frère Léo Lagarde se perfectionne en piano classique. À 12 ans, Léo a appris à jouer par lui-même. Il est fier de faire partie d’un groupe produisant du matériel franco-ontarien original.
Au milieu du groupe se trouve Margot Ecker, âgée de 13 ans qui possède une voix alto exceptionnelle donnant une couleur unique aux pièces du groupe. Elle touche également aux instruments rythmiques.
À 14 ans, Olivier Hilts-Lespérance fait partie des aînés du groupe. Il est l’homme-orchestre des Aigles avec ses aptitudes à la guitare, à la basse, à la batterie, au chant et même en composition. Il prépare un premier album solo et a également lancé sa chaîne YouTube.
Le 5e membre, Charl Van Rooyen est également le fondateur du groupe. À 14 ans, Charl a appris lui-même à jouer la guitare et la basse et a également écrit la première pièce enregistrée par les Aigles « Lumière du Soleil ».
Pour le groupe, Denise Petitpas fait figure d’enseignante, de coach, de chef d’orchestre et d’imprésario. Elle est aussi la maman d’Anouk et de Léo Lagarde. Depuis le début de l’aventure, les cinq membres sont régulièrement invités au petit studio maison de Mme Petitpas pour y travailler des chansons.
Une première en 53 ans
Au début du mois de février, la troupe s’est déplacée à Sudbury pour participer à La Brunante, une série d’ateliers de perfectionnement de 2 jours. Véritable tremplin artistique, « la Brunante » a été l’occasion pour le groupe de peaufiner leur matériel et surtout de rencontrer d’autres jeunes artistes et de se produire devant un nouveau public. « Ils ont surpris la foule en impliquant les spectateurs qui ont tous sorti leur téléphone portable avec lampe de poche et ont terminé en chœur la chanson ‘Technologie’. C’était émouvant » confie Denise Petitpas.
Pour les cinq musiciens de Lafontaine, La Brunante aura été une étape importante vers leur première participation à La Nuit sur l’étang dans le cadre de leur soirée Gala qui se déroulera au Collège Boréal de Sudbury le 20 mars prochain. Ils seront les plus jeunes en 53 ans à se produire lors de cet évènement annuel qui a vu passer des grands de la chanson tels que Robert Paquette, Paul Demers et LGS.
En rappel
La montée des Aigles est loin d’être terminée et plusieurs projets pointent déjà à l’horizon du groupe. À la fin du mois de mars, les musiciens en herbe participeront à la nouvelle édition de l’activité « Star d’un soir » de La Clé en compagnie d’un grand de la chanson franco-ontarienne, soit Brian St-Pierre. De plus Les Aigles retourneront prochainement en studio pour y enregistrer leur toute première chanson écrite à cinq : « L’envol ». Trois membres des Aigles sont d’ailleurs des auteurs-compositeurs enregistrés à la SOCAN (Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) et leurs chansons tournent à la radio de CFRH et de Leloup à Sudbury et ont fait le tour de 16 stations radio au Canada sur l’émission CanRock.
Depuis l’envol des cinq Aigles originaux, les sessions de musique après les cours ont continué à l’école Sainte-Croix et de nouveaux étudiants, surnommés, « Les Aigles 2.0 » poursuivent leur apprentissage artistique. L’école élémentaire de Lafontaine serait peut-être en train de devenir le premier maillon de la chaîne musicale solide qui s’est construite depuis des décennies dans la communauté de Tiny. À voir l’altitude qu’a prise Les Aigles depuis 2 ans, on pourrait croire que l’air, plus que l’eau de Lafontaine, détient le secret du foisonnement artistique du village. Pour écouter les chansons du groupe rendez-vous au https://www.youtube.com/@LesAiglesdeLafontaine.
Olivier Hilts-Lespérance, Charl VanRooyen, Anouk et Léo Lagarde et Margot Ecker en compagnie de Chuck Labelle (au centre)lors de la Brunante à Sudbury. Crédit photo: Denise Petitpas.