Les sœurs de Sainte-Croix :  des décennies de dévouement à l’éducation en Huronie

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Lafontaine, la première mission des sœurs de Sainte-Croix en Ontario

Partie I

Micheline Marchand

            L’an 2025 marquait le 140e anniversaire de l’arrivée des sœurs de Sainte-Croix dans la Huronie. À partir de 1885, elles ont été nombreuses à œuvrer dans les écoles françaises de la région. Leur présence aura marqué plusieurs générations d’écoliers et leurs familles.

            Cette série de 4 articles met en relief des faits saisissants et des extraits tirés du livre « Les sœurs de Sainte-Croix dans la montée avec les Franco-Ontariens », paru en 1989. Tous les passages entre guillemets sont des citations de ce texte. Cet ouvrage, écrit par sœur Hélène Bériault, relate le passage des religieuses dans de nombreuses régions de l’Ontario français, incluant la nôtre. À vous donc de revoir certains épisodes connus de ce chapitre de notre histoire et d’en découvrir d’autres, méconnus.

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            « Lafontaine fait partie du site enchanteur de la baie Georgienne aux eaux vertes comme des mers et aux plages sablonneuses. Lorsque le voyageur arrive sur “la côte à Champagne” à l’entrée du village de Lafontaine, il est transporté par le magnifique panorama qui se déroule devant ses yeux. Là-bas, l’église au fin clocher domine le paysage et lui donne l’aspect d’une ancienne paroisse québécoise. »  C’est ainsi qu’Hélène Bériault décrit notre pittoresque communauté.

            Au fil des chapitres qui traitent du passage des sœurs de Sainte-Croix à Lafontaine, on sent l’affection des religieuses pour le village et ses alentours. Cela découle peut-être du fait qu’il s’agissait de leur première mission en Ontario. Ou de la durée de cette dernière qui s’étend sur de nombreuses années. Ou encore du choix d’une trentaine de filles de Lafontaine de rejoindre leur congrégation en apportant l’amour de leur village avec elles. 

            Dans son ouvrage, sœur Bériault affirme que cette mission de l’ordre religieux du Québec figure parmi : « un des plus longs et plus fructueux parcours de l’histoire de Sainte-Croix en terre ontarienne ».

L’école devient obligatoire

            La promulgation de la Loi de 1871 d’Egerton Ryerson rend l’école obligatoire pour les enfants d’âge scolaire en Ontario. Selon sœur Bériault, il y aurait eu une école à Lafontaine dès 1857 et une nouvelle école y est érigée vers 1871. À l’époque, un collecteur prélevait les fonds nécessaires pour couvrir les coûts scolaires et le salaire de l’enseignant, Charles Picotte.

            Des paroissiens et en particulier Théophile Brunelle (l’homme qui va abattre le loup quelques années plus tard), demandent au père Joseph Michel d’ouvrir un couvent. Les sœurs de Sainte-Croix basées à Montréal acceptent l’invitation du curé. La Congrégation envoie six femmes pour s’occuper de l’école de sa paroisse. Chacune des religieuses recevra un salaire annuel de 250 $. 

Lafontaine offre un accueil chaleureux aux sœurs de Sainte-Croix

            Le 17 décembre 1885, l’équipe de religieuses débarque dans la Huronie et compte : une sœur supérieure, deux enseignantes de français, une enseignante d’anglais, une enseignante de musique et une économe. 

            « Un trajet de treize heures en train les conduit à la gare de Midland, Ontario. M. le curé Joseph Michel est là pour les accueillir. Elles sont d’abord conduites à une auberge du lieu pour un réconfortant repas et, vers quatre heures, un “cutter” [traîneau tiré par un cheval], le transport du temps, est à la porte. Chaudement emmitouflées dans des “buffaloes” [couverture de peau de bison], des briques chaudes aux pieds, elles entreprennent le long voyage de douze milles qui les sépare de Lafontaine. Leur arrivée est saluée par la cloche de l’église qui carillonne à toute volée et les paroissiens qui ont pavoisé les rues. Au presbytère, M. le vicaire M. Gibbons leur souhaite la bienvenue pendant qu’au couvent, des dames bienfaitrices s’affairent aux derniers préparatifs. Elles reviennent le lendemain avec des provisions de toutes espèces. »

            Le 5 janvier 1886, les religieuses accueillent 105 élèves à l’école. Elles continuent à former les écoliers pendant sept ans. Mais le 13 juillet 1893, elles doivent quitter la région à l’instigation du curé Joseph Beaudoin. Les sœurs de Saint-Joseph de Toronto, une congrégation anglaise, les remplacent pour y rester pendant trente-sept ans. 

            En 1930, les sœurs de Sainte-Croix reviennent à Lafontaine pour s’occuper à nouveau de l’école et établir un pensionnat qui, dès son ouverture, accueille 29 jeunes filles. 

            En septembre 1960, l’école Sainte-Croix devient régionale. Elle absorbe les élèves des écoles rurales de la Baie du Tonnerre, de Dorion, de Laurin et de Randolph. Quatre autobus transportent 343 élèves répartis dans dix salles de classe. En 1961, quatre autres classes sont ajoutées. 

Une école secondaire à Lafontaine malgré l’opposition du canton (1944-1966)

            Nommée à Lafontaine en 1943, sœur Sainte-Anne-d’Auray (Marie-Anne Pigeon) est directrice de l’école et titulaire des 9e et 10e années, appelées le “Lower School”. Elle note l’exode des élèves après la 10e année. Certains se dirigent vers les couvents et les collèges à l’extérieur de la région, mais la plupart des jeunes qui veulent poursuivre leurs études secondaires doivent se rendre à Penetanguishene, et cela sans possibilité de transport scolaire. Face à cette situation, elle caresse le projet d’établir une école secondaire dite de Continuation dans la paroisse. 

            Malgré l’opposition du canton de Tiny, elle réussit à convaincre les gens du bien-fondé d’établir cette école secondaire qui ouvre ses portes en septembre 1944. Cette année-là, 131 élèves sont inscrits au primaire et 36 à l’école de Continuation. Du 1er décembre jusqu’à Pâques, les élèves de l’école secondaire dînent à l’école. On leur sert de la soupe et du cacao aux frais du conseil scolaire. Dès la première année, l’inspecteur Lemieux note l’excellente assiduité des élèves et que les retards sont un problème inconnu. 

            En septembre 1945, 47 étudiants se présentent à l’école de Continuation. Le manque de locaux à l’école élémentaire Sainte-Croix oblige les religieuses à offrir les cours à la salle paroissiale. À la fin de l’année scolaire 1945-46, trois élèves deviendront les premiers à recevoir leur diplôme d’études secondaires, soit : Simone Brunelle, Maurice Gignac et Marguerite Marchildon (Mullie).

            Le 10 décembre 1945, le gouvernement ontarien débourse 20 000 $ pour la construction d’une nouvelle école. Les travaux commencent l’été suivant et l’école ouvre officiellement ses portes le 13 juin 1948. Les jeunes prennent possession d’un bâtiment, « dont le revêtement en pierres des champs se confond avec le paysage avoisinant. Édifice à deux étages, il comprend quatre grandes classes, trois pour l’enseignement et une pour un laboratoire de sciences. Le bureau de la directrice est situé entre deux classes. Au sous-sol, une salle de récréation pour les garçons; une autre plus grande pour les filles sert de salle et de local pour l’enseignement ménager. Un autre endroit est réservé pour les “arts et métiers”. L’école est bien éclairée, gaie et très bien aménagée; elle est surtout l’orgueil des parents et des élèves. »

            Ce jour-là, l’école remet un diplôme d’études secondaires à six filles, soit: Véronique Desroches, Céline Laurin, Jeanne Laurin, Yvette Marchand, Jeannine Maurice et Marielle Maurice.

            En juin 1966, l’école fermera ses portes. Au cours de ses 22 ans d’existence, elle aura conféré des diplômes de 12e année à 201 élèves.

            Le couvent est vendu le 15 juin 1969 et les religieuses déménagent au couvent de Penetanguishene. Quelques-unes continueront de diriger ou enseigner à l’école élémentaire Sainte-Croix de Lafontaine jusqu’en 1976.

De nombreux souvenirs intéressants

            Au fil des années, les sœurs de Sainte-Croix ont noté quelques souvenirs de la vie à Lafontaine, notamment ceux-ci. 

•          Le congé du 5 mai 1887 lors de “la fête des arbres”.

•          Les élèves participent et reçoivent de nombreux prix lors de l’exposition agricole du 5 octobre 1931 dans la cour de l’école Sainte-Croix. 

•          Le tremblement de terre du 1er novembre 1936 secoue la région à une heure du matin. La statue du Sacré-Cœur tombe pour se briser avec fracas dans la chapelle du couvent.

            La tempête de grêle du 26 juillet 1938 s’abat sur le village avec des balles de grêle de 3 pouces et 3/4 de diamètre qui détruisent les récoltes de la 16e et de la 17e concessions, brisent 17 vitres du couvent et 142 fenêtres de l’école et endommagent aussi les toits du couvent et de l’école.

•          Le 12 novembre 1943, Marielle Maurice (Laurin) mérite le trophée Hébert lors d’un concours écrit sur l’agriculture ouvert à tous les élèves de 8e année des écoles bilingues de l’Ontario.

•          L’électricité installée au couvent en 1944 met fin aux lampes à gaz et au pétrole. 

•          À partir de 1944 pendant quelques années, faute de main-d’œuvre, l’inspecteur accorde la permission aux élèves de la 5e à la 12e année de prendre “un congé de patate” qui durait deux semaines pour récolter les pommes de terre.

            Le 26 juillet 1947, les quintuplées Dionne, qui ont alors 13 ans, sont accompagnées de trois prêtres lors d’une visite à Lafontaine.

•          Les pièces écrites par le curé Thomas Marchildon : « Le mystère de la messe », drame joué par toute l’école le 30 mai 1943 à la salle paroissiale; « Carhagouha » présenté le l7 décembre l949 à l’école Sainte-Croix; « Louis Labatte », joué le 21 décembre 1951 à l’école de Lafontaine; « Le loup de Lafontaine » présenté le dimanche 31 juillet 1955 lors du centenaire de la paroisse Sainte-Croix. 

Dans la prochaine édition du Goût de vivre : Partie II -Les hauts et les bas d’un quart de siècle d’enseignement à Perkinsfield (1939-1964).

Les sœurs Saint-Bernard et Yvette Marchand en action. On les voit ici en train de cueillir des fleurs chez Jean-Baptiste et Réjeanne (Marchildon) Marchand à Lafontaine pour décorer la salle lors de la collation des grades à l’école secondaire de Continuation. La photo, prise entre 1958 et 1964, fait partie de la collection de la famille Marchand qui, à l’époque, habitait une petite maison blanche en face de l’école au cœur du village.