Une fois de plus cette année, la Police provinciale de l’Ontario a été fort occupée pour la période des fêtes. Du 20 novembre au 1er janvier, 776 conducteurs et conductrices ont été arrêtés pour facultés affaiblies en Ontario et plus précisément 179 dans la partie centrale de la région de Simcoe. Nous avons interrogé un représentant de la police provinciale ainsi que des résidents locaux afin de savoir s’ils considèrent nos routes sécuritaires durant la période la plus dangereuse de l’année
Hubert Théberge
– IJL – Le Goût de vivre
Chaque conducteur arrêté est une tragédie évitée
Dans un communiqué de presse récemment publié par la police, le surintendant de la PPO, Coyer Yateman a déclaré : « nous avons arrêté plus de 200 conducteurs avec les facultés affaiblies durant cette campagne ce qui est à la fois significatif et profondément préoccupant. Chacun de ces conducteurs représentait une tragédie potentielle que nous avons empêchée. […] La conduite avec facultés affaiblies demeure l’une des principales causes de collisions graves. »
Oui, le contrôle de l’alcool au volant est toujours une priorité de la police, mais pour Aaron Coulter agent de police et préventionniste depuis plus de 28 ans, sur le terrain, certains signes sont encourageants. Nous lui avons demandé s’il considérait que les campagnes de sensibilisation contre l’alcool au volant avaient eu un effet au fil des années. « On continue toujours de faire de la sensibilisation et c’est encourageant de voir que nous ne sommes pas seuls à le faire. Des organismes comme « Arrive Alive » et « Mothers Against Drunk Driving » travaillent avec nous pour faire une différence. En ce qui me concerne, je peux dire que dans mes interactions quotidiennes avec le public, le message est bien reçu par une grande majorité de la population, et il est malheureusement regrettable que quelques personnes continuent d’ignorer cet avertissement » partage monsieur Coulter.
Que ce soit durant la période des fêtes ou pour toute occasion où l’alcool est en jeu, Aaron Coulter rappelle que la meilleure façon d’éviter les problèmes est de se faire un plan en avance pour retourner sécuritairement chez soi. « Nous recommandons à tout le monde, avant de consommer de l’alcool, de planifier un retour sécuritaire à la maison. Nous encourageons l’utilisation d’un taxi, d’un service de covoiturage ou d’un conducteur désigné. Certaines personnes vont choisir de rentrer chez eux en marchant ou en vélo, mais dans ces cas il faut prendre en compte les conditions météorologiques et l’itinéraire afin de s’assurer de ne pas avoir de problèmes sur le chemin du retour », précise le préventionniste. Il rappelle également que même pour les conducteurs sobres, la conduite hivernale est imprévisible, comporte toujours un risque et recommande l’utilisation du site Ontario 511 pour savoir si les conditions routières sont praticables.
Nos routes sont-elles sécuritaires?
Plusieurs résidents locaux ont accepté de nous partager leurs opinons à savoir s’ils considèrent que les routes de la région sont sécuritaires.
Daniel Boucher s’est installé à Midland il y a quelques années et croit que quelques actions pourraient être entreprises pour améliorer la situation sur les routes. « Je pense que la police fait un bon travail, mais les amendes ne sont pas assez fortes. J’habite sur une route de concession. C’est clair que les gens boivent trop au volant. Le printemps lorsque je marche sur le bord de la route je vois des centaines de bouteilles d’alcool abandonnées par des automobilistes. Je pense que les amendes devraient être plus salées et les suspensions de permis plus longues. Il faudrait que les fautifs soient au moins 5 ans sans pouvoir conduire. J’habite près de Port McNicoll et ici c’est la vitesse le problème. Moi je serais pour l’installation de radars-photo ».
Madame Adèle Heins vit également à Midland, mais partage un point de vue différent de monsieur Boucher : « moi je trouve que les policiers font tout ce qu’ils peuvent, mais que les conducteurs manquent encore trop de jugement ».
Mme Heins nous a également partagé que, le 1er janvier dernier, pour la première fois de sa vie, son véhicule a été contrôlé par la police dans le cadre du programme RIDE (visant à réduire la conduite avec facultés affaiblies). « Ça m’a surprise, mais sécurisée. C’était en pleine journée et c’est mon amie qui me reconduisait après un rendez-vous à l’hôpital. Nous n’avions évidemment pas bu ni l’une ni l’autre! Au fond j’étais contente de voir que la police contrôlait vraiment tout le monde, ça m’a rassurée », confie Mme Heins.
La résidente de Midland est consciente que certaines choses pourraient être améliorées, mais reste optimiste concernant la sécurité routière dans sa ville : « nos routes sont assez bien entretenues et bien déblayées l’hiver. C’est aux gens d’utiliser leur jugement. D’ailleurs pour ce qui est de l’alcool au volant la situation est mieux aujourd’hui qu’il y a 50 ans. Ceux qui ont 25-30 ans aujourd’hui semblent plus responsables, ils laissent leur auto à la maison et prennent un taxi. Dans ma vingtaine, ce n’était pas rare de voir du monde prendre le volant après avoir bu. J’étais souvent la chauffeuse désignée, mais j’ai des amis qui n’ont pas fait attention. J’ai même perdu des amis à cause de l’alcool au volant », partage tristement Mme Heins.
Citoyen de Lafontaine depuis de nombreuses années, monsieur Martin Lalonde partage un peu la vision de Mme Heins. « Pour la sécurité sur les routes, la police fait sa part, mais ne peut pas tout faire. Dans le fond est-ce que c’est vraiment le travail de la police ou une prise de conscience que la société doit faire » déclare M. Lalonde. Pour lui le problème est entre les mains des citoyens et non des autorités : le principal facteur est le jugement des gens pas la responsabilité des élus ou de la police. Il est trop facile de pointer du doigt les gouvernements pour le comportement des individus. Le risque l’hiver c’est beaucoup moins l’état des routes que le gros bon sens des autres conducteurs »
Implanter les bons réflexes
Justement, au sujet du gros bon sens, étant donné que les bonnes habitudes des conducteurs sont souvent acquises tôt dans leur apprentissage nous avons questionné l’agent Aaron Coulter à savoir s’il avait un conseil à donner aux parents pour favoriser l’apprentissage des réflexes sécuritaires de conduite chez leurs enfants.
« À mon avis, les deux meilleures façons de transmettre ce message sont de montrer l’exemple et de favoriser une communication ouverte. Montrer l’exemple est essentiel pour démontrer un comportement sécuritaire, et non seulement pour donner des instructions. Une communication bidirectionnelle est également importante afin d’avoir des discussions ouvertes sur les façons d’assurer sa sécurité et celle des autres », avance le préventionniste.
C’est donc peut-être par l’éducation d’aujourd’hui que nous obtiendrons les routes sécuritaires de demain. Il est d’ailleurs intéressant de constater que depuis un peu plus de 5 ans un mouvement « sans alcool » est de plus en plus présent chez les jeunes que l’on nomme de la « Gen Z » nés entre 1997 et 2012. Avec la croissance de l’automatisation, il sera intéressant de voir si un recul significatif de l’alcool au volant se produira avant l’arrivée massive des voitures entièrement pilotées par ordinateur.
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Photo : Opération policière de la PPO (Crédit : gracieuseté de la Police provinciale de l’Ontario)